Sandra Moussempès - Chambre Obscura, (1) par René Noël
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Discobole
Photographies, poèmes extraits de livres associés librement à l'occasion de cette anthologie, une table des matières précisant l'origine des poèmes distribués en huit sections et des poèmes inédits, des réceptions critiques de ces poèmes, un accès à une banque de données sonore, via un QR code, constitue Chambre obscura, livre des mémoires dont on ne se souvient pas.(p. 39).
Rituels (conjuratoires), Maisons amnésiques, Héroïnes corsetées, Espoirs sans tain, Caméras obscures, Muséums des voix flottantes, Autobiographies du clair-obscur, Hypnoses, organise aussi bien qu'un escalier - la descente des marches d'Igitur de Mallarmé, de Mezza voce d'Albiach et qu'une succession de pièces logée dans les mémoires de Thomas de Quincey, Confessions d'un mangeur d'opium - la perspective, la forme propre à définir la trajectoire des transmissions de savoirs, des mémoires, les tenants et aboutissants d'une personne aperçue tantôt sans reflet dans l'espace même du miroir - Clérambault - ou dont l'ovale, les contours de la tête, espace blanc, une blancheur magnétique, confine au noir - a noir, A. Rimbaud, A. C. Roubaud -, indique que la vie au fur et à mesure (Fur de Liliane Giraudon) qu'elle agit, trace la suite des non et des oui aussi logique qu'indiscernable, définissant ce qui relève de l'obéissance et de la désobéissance à des traditions, à des injonctions familiales, à des modes d'éducation, à des voix ancestrales créatrices de désir, accouchant du démon, du désir de Sandra Moussempès.
OUTRE MES CILS QUE J'AI TENTÉ DE BLONDIR (p. 166), Ta blondeur n'existe pas, / c'est moi qui l'ai inventée pour la refléter dans le Tibre / c'est moi qui l'ai inventée pour dire que les choses aient un reflet, / c'est moi qui l'ai inventée pour dire que le Tibre est blond (Cécile Mainardi, La blondeur), le bond logé dans le blond, née sous le signe de l'art, Sandra Moussempès
Sans oublier le signe de la véritable identité
L'image de la poupée me ressemblant offerte à mon père
par Annie Besnard, premier amour d'Antonin Artaud,
le masque d'Artaud sur la table de travail de mon père
les livres d'Artaud, le tableau d'Artaud l'exécration
du Père-Mère dans notre salon, la poupée de l'île
Saint-Louis (en porcelaine avec de longs cils noirs,
une petite robe en organdi bleu, la peau ivoire) (p. 166)
du réel issue, soit une série d'instantanés prenant de court les clichés, les lieux communs. Débutant dans la vie dans une voie supposée la plus proche et exacte du soleil, celle du chant et de la poésie, Sandra Moussempès - les italiques indiquant une identité que chaque lettre, mot, vers, note chantée... (é)meut - dont une ancêtre du côté maternel a été cantatrice, le père ayant été écrivain et auteur de sa propre vie voyant sa fille chanter l'opéra. La voie royale consiste dès lors à conquérir le pèse babil, l'instant bob béb'e, quand toutes les voies sont possibles, Espoirs sans tains (p. 107), la vie ordinaire, nue, la pose de l'époque, l'instantané des années de ce demi-siècle jouant, scénarisant la conquête de soi de Sand à Sherman. - Pourrait-on créer un répertoire de femmes / qui mythifient la rencontre / attente ? (p. 124)
Voici le temps des sizains et leurs doubles neuf. Si la poésie est, incarne la ralentie - Michaux -, le lyrisme transparent prend ici la vitesse, l'accélération au mot, explore le discontinu, l'altérité, l'impair, le non identique, l'hapax, l'évènement, la dépense, la danse des corps la nuit, par les passages d'un art à l'autre. La persévérance, l'endurance des vers, des poèmes, des livres de Sandra Moussempès tiennent, trouvent leurs teneurs, leurs tonalités propres dans les étapes de leurs figurations, de leurs transformations, de la photographie, de la scène au chant, l'accélérationisme mis à nu se révèle bougisme figé dans son ressort, sa mécanique bien plus sommaire que n'importe quel maniérisme.
La légende ne va-t-elle pas devenir l'élément essentiel du cliché ? * Du décadentisme, de l'ère victorienne, Jane Austen, des tables tournantes à l'âge des fétiches, des médiums, de Hugo - Dommages collatéraux : - Le capitalisme... (p. 124) misant tout, toute la vie au casino, partie de poker menteur, dixit Marx, Rosa Luxemburg, fait toujours à l'emporte-pièce avec les moyens du bord, de son époque, le fétichisme, l'hypnose, le tape-à l'œil, au bonheur des dames de Zola, pour séduire, sidérer les flâneurs - d'Adèle H, de Katherine Mansfield via Weimar, Hans Bellmer, Man Ray, des envoûtements aux postmodernismes sous rythmes disco de Diana Ross et punk d'Alain Pacadis, la poésie de Sandra Moussempès effectue la traversée des apparences, discobole intacte et intègre les Poèmes récents, inédits, à la face cachée de l'essentiel. (p. 195)
* Walter Benjamin, Petite histoire de la photographie, Œuvres II, folio / Gallimard, p. 321