Philippe Annocque - Mon petit DIRELICON par Jules Vipaldo
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Comment dire le DIRELICON ?
Quelqu’une m’ayant piqué ce livre des mains, je rongeai mon frein et dus attendre, avant d’en achever la lecture et d’en donner cette notule tardive. Et, tout ce temps durant, je l’entendis se marrer (la quelqu’une) à sa lecture et compris alors que ce livre n’était pas seulement utile mais qu’il était des plus drôles ! Sur cette drôlerie, je reviendrai, d’autant que « le rire est rare en littérature », ai-je affirmé ailleurs, étant bien placé pour le savoir (cela dit sans forfanterie, puisque relevant, à mon corps de caractère défendant, de l’entrée « Poète : », reproduite ci-dessous) :
« Auteur qui va à la ligne au printemps (ne pas confondre avec pêcheur). Ne pas se fier à son apparente douceur : peut se révéler violent, voire belliqueux. Meurt en duel, ou alcoolique. Il paraît cependant qu’il en survit encore. »
(Philippe Annocque, Mon petit DIRELICON, p.74, éditions Lunatique, 2021)
D’Annocque, on lit aussi bien et avec le même plaisir, les livres dont il est l’auteur incontestable et incontesté (par exemple : Les Singes rouges, Quidam éditeur, 2020) que ceux dont il n’est pas nommément l’auteur, mais dont on sait qu’ils sont de sa plume ou de sa responsabilité, comme ceux publiés, récemment, aux éditions do (exemple : Avec mon stylo ● Sans son stylo, 2024), qui posent, entre autres, la question (du nom) de l’auteur, celui du lecteur et celle du livre.
Parfois, ses livres sont des livres « déviés », qui prennent des biais pour fictionner, aborder ou saborder leur sujet, sachant que la question de l’identité, souvent au centre de leur vortex espiègle et ironique, est l’une de celle qui taraude son œuvre. Varier les points de vue en retournant les situations, en s’affranchissant du poids (du nom) de l’auteur, en prenant les choses au pied de la lettre, en ré-interrogeant l’acte d’écrire et celui de publier, sont des manières ou des dispositifs mis en place par Philippe Annocque, dans certains de ses livres, pour renverser la table/la fable. Et repenser les choses avec une phrase et un œil neufs.
Mon petit DIRELICON, dont le sous-titre « petit dictionnaire des idées reçues sur la littérature contemporaine mais quand même un peu à la manière de Flaubert » annonce, d’emblée, le ton et la couleur, est l’un de ces livres irrésistibles, comme Notes sur les noms de la nature (éditions des Grands Champs, 2017), qui échappe à la domination hégémonique du roman ou du récit ; se rapproche, par leur jeu (virtuose) sur la virtualité de la langue ou par leur souci littéral, de la « poésie », au sens large, tant on croit savoir qu’elle est le lieu, par excès ou excellence, de l’invention et de l’expérimentation les plus grandes !
« Poésie :
Genre printanier qui va à la ligne. Se trouve partout (en cherchant bien) mais s’écrit de préférence avec des mots poétiques (plomberie, par exemple, n’est pas un mot poétique ; d’ailleurs c’est en vain que vous chercherez une entrée le concernant dans ce dictionnaire). Se différencie aussi du roman par plus de blanc sur la page, moins de pages par livre, et surtout par le sujet qui, contrairement à celui du roman, se doit d’être intemporel (voir Air du temps). »
(Philippe Annocque, Mon petit DIRELICON, p.74, idem)
Mon petit DIRELICON, voilà bien un livre auprès duquel, tout qualificatif ou toute définition qui lui serait associé(e) ou accolé(e), tomberait immédiatement à plat (ou, dans le plat, comme les pieds), sachant combien il s’évertue à pointer la plupart des « idées reçues » qui flottent, ici ou là, dans les esprits ou les médias, à propos de littérature (« contemporaine »), avec cet esprit vachard et cet humour implacable, dont il use à chaque énoncé savoureux (« Lit : Ainsi nommé car c’est là qu’on lit » (idem, p.54)) et qui n’appartiennent qu’à lui et se jouent de tous les lieux communs du moment, en circulation, dans le petit « milieu » :
« Milieu littéraire :
A la particularité d’exister sans que personne n’en fasse partie. A le tort de se croire au centre. »
(Philippe Annocque, Mon petit DIRELICON, p.74, ibidem)
Un dictionnaire, désormais, indispensable, aux gens de la profession comme à tout lecteur qui chercherait, un tant soit peu, à se dessiller les yeux, à propos de « littérature contemporaine ». Ou qui, tout en souriant ou tout en se bidonnant, voudrait, d’un même élan, « tirer les choses au clair et les marronniers du feu » ; aussi vrai que nous sommes, hélas, toutes et tous gouvernés par une « chiée de clichés », sur lesquels, avec Philippe Annocque ou sans lui, il convient de s’interroger, voire, d’urgence, de se corriger, tout en s’amusant beaucoup !
« Détente :
La lecture doit rester une détente. Appuyer dessus. »
(Philippe Annocque, Mon petit DIRELICON, p.30, ibidem)
Tout en l’écrivant, je vérifie que l’adjectif « indispensable » ne figure pas dans ledit « dico », entre « indépendant » et « inflation », et constate qu’il est manquant, alors qu’il aurait très bien pu faire l’objet d’une entrée, que je me garderai bien de rédiger, car je ne suis pas Philippe Annocque et que je n’ai pas son talent (cf. « Talent : », ibidem, p. 94). J’ajoute, permettez, que tous les termes, ici, volontairement soulignés, ne font pas (encore) partie de l’ouvrage en question. Philippe Annocque ayant dû, j’en suis convaincu, aller à l’essentiel, dans cette version de son dictionnaire. Je prends les paris, cependant, qu’ils seront parfaitement intégrés et épinglés, en bon entomotlogiste qu’il est, dans sa future réédition !
C’est tout le bonheur que je nous souhaite !