Allez (extrait) par Sylvain Jamet

Les Apparitions

Allez (extrait) par Sylvain Jamet

Je voulais parler d’autre chose

 

Mais je veux parler de la joie. De l’oblique à l’œuvre dans la joie. De la façon dont la joie tombe de biais dans nos vies, toujours mêlée à quelque chose. Et je veux parler des façons de nommer. Qui nomme la joie l’efface, j’ai cru cela souvent. Qui nomme n’importe quoi le fait disparaître à demi. Qui recueille une chose dans sa paume, de la neige mettons. Et la neige fond. Et la joie fond. Je me contente d’en recueillir les thèmes. Lenteur, pâleur. Éclats de toutes sortes de nuit sur le seuil. Quand la joie tombe de côté, illisible, et la joie se dépose, ma vie est faite. Mais vivre. Et les choses comme chaque fois se mélangent. Je veux parler de ce qui vient.

 

Encore un geste qui pourrait me sauver

 

Encore des brumes. Vent régulier. La fumée fume comme le bois est en branches, ce qu’ils savent faire le mieux. Une route mène quelque part, où que ce soit. Un toit abrite au moins des formes. Des murs soutiennent. Il n’y a que les gens pour poser des questions. De mon côté, je prends mes ordres le matin, la tête et les mains vides comme un bol bien rincé. Je me tiens, je veux dire, disponible. Temps que j’emploie à ne rien faire, quand j’attends par ex. que la vue me remplisse. Ce qui n’arrive jamais. Sortes d’années que nous vivons là. Les sortes désormais mal identifiées de saisons. Les arbres poussent, l’herbe pousse, les noms nomment. Le cabanon lentement, sûrement s’effondre. Ses assises toutes mangées de pluie. Un rien m’effraie quand j’y pense, lorsque me vient l’idée ridicule de poser des questions. La chose au monde que nous faisons le mieux. Allez. Encore un effort. Un pas de plus, peut-être, nous conduirait hors du vide.

 

Mars, résumé par ses formes

 

Des fantômes d’arbres blancs, qui marcheraient à rebours vers le plus noir de l’aube. Un fantôme de jour blanc revenu sur ses pas. J’étais, je crois, un enfant tranquille. Grandi dans des banlieues, des lieux normaux, étranges, semblables à celui-ci. J’aurais pu refuser de naître, mais non. Des jours semblables à celui-ci, nombreux, avec ces bâtiments semblables à des énigmes. De grands blocs de jour blanc. En patientant un peu, il naissait des couleurs. Des lignes noires. Des branches à bout de forme, repiquant le ciel bleu, caddies volés là-bas brillant de tous leurs chromes. Des arbres blancs chargés d’insectes. D’une lumière jamais vue, concentrée en dedans. Je te propose un jeu : imagine le début le plus sombre possible. Tires-en comme une clarté. Ou le plus lumineux et tires-en le plus sombre. Un grain d’opacité impossible à résoudre. Essaye ensuite, avec cela, de fabriquer quelque chose.

Le commentaire de sitaudis.fr

Extrait d'un recueil à paraître.